Verónica

 

Verónica

Date de sortie 06 Juin 2018 (1h 45min)

 

Nationalité espagnol

 

Interdit aux moins de 12 ans

 

À Madrid, après avoir participé à une séance de spiritisme avec ses amies, une jeune fille est assaillie par des créatures surnaturelles qui menacent de s’en prendre à sa famille.
Le seul cas d’activité paranormale officiellement reconnu par la police espagnole.

Depuis [REC]3 Genesis, on était presque sans nouvelle de Paco Plaza, l’un des deux papas avec Jaume Balaguero d’une des plus belles propositions de found footage de ce début de XXIème siècle. C’est pourquoi on attendait beaucoup de ce Veronica, relecture d’un fait divers espagnol teinté de surnaturel.

Photo

LE NOUVEL EXORCISME

A l’heure du triomphe des Insidious et autres Conjuring, tandis que le sous-genre du film de possession paraît toujours encroûté dans le schéma parfaitement établi par William Friedkin, c’est avec un peu d’appréhension que l’on voit débarquer une production qui sur le papier lorgne dans les directions précitées. Mais le cinéma ibérique a plus d’un tour dans son sac et Paco Plaza mieux à faire que de recycler vainement des recettes éculées.

Ainsi, le cinéaste ne cherche pas à dupliquer mécaniquement les recettes horrifiques popularisées depuis une décennie par James Wan, et utilisées ad nauseam par ses clones, de Annabelle en passant par Dans Le Noir. Son Veronica s’attache tout d’abord à ses personnages, à traduire cinématographiquement leur isolement et leurs interactions avec un univers madrilène anxiogène. Dès lors, libéré de l’iconographie à la mode, il peut se jouer de l’imagerie bigote du genre, s’en décaler sans la renier.

Le film compose ainsi une angoisse qui repose aussi bien sur la géographie, des jeux vicieux dans l’espace, ou de purs concepts ludiques (une chute d’objets éminemment éprouvante). Ce pas de deux esthétique s’accompagne d’une volonté évidente de tracer un sillon propre dans le genre, notamment au cours du troisième acte du métrage, qui prend régulièrement des directions inattendues. Imprévisible et esthétiquement roboratif, Veronica devient ainsi particulièrement inconfortable, et donc puissamment immersif.

 

CONJURIDIOUS

Plutôt que de s’appuyer sur l’héritage pas toujours glorieux des films de possession et de leurs innombrables conjurations au lexique latin articulé mollement par des comédiens interchangeables, Paco Plaza préfère miser à fond sur ses personnages et son casting. D’où une synergie appréciable, qui permet à chacun d’échapper régulièrement aux stéréotypes afférant à son rôle.

Mais c’est surtout Sandra Escacena qui retient ici l’attention. La toute jeune actrice crève littéralement l’écran. Aussi à l’aise dans les séquences intimistes, que tour à tour terrifiée et terrifiante dans les scènes plus baroques, Elle est un moteur de la peur d’une remarquable efficacité. Capable d’alterner entre jeu naturaliste et fulgurances oppressantes, elle est la révélation du film, à la fois source d’angoisse et d’empathie.

Maître de ses effets et presque toujours capable de transcender les limites d’un budget qu’on devine modeste, Paco Plaza dresse le portrait terrible et passionnant d’une Espagne coincée entre son passé névrotique et un avenir fragmenté, dont les structures historiques se délitent (voir la famille nucléaire atomisée qui sert d’écrin au récit). Soit un film d’exorcisme méticuleux dans sa construction, et totalement imprévisible dans la modernité qu’il injecte à un genre souvent trop balisé.

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