Une prière avant l’aube

Une prière avant l’aube

L’histoire vraie de Billy Moore, jeune boxeur anglais incarcéré dans une prison en Thaïlande pour détention de drogue. Dans cet enfer, il est rapidement confronté à la violence des gangs et n’a plus que deux choix : mourir ou survivre. Lorsque l’administration pénitentiaire l’autorise à participer à des tournois de Muay-Thai, Billy donne tout ce qui lui reste.

Un immense film de boxe mais aussi un film de prison claustro à souhait, peint avec une grâce implacable.Jean-Stéphane Sauvaire ne fait pas dans la romance. Après avoir filmé la descente aux enfers d’enfants soldats en Afrique dans Johnny Mad Dog, il se penche sur la vie en suspens d’un boxeur anglais à l’histoire terrifiante, pris dans une spirale de violence au cœur de l’une des prisons les plus horribles de Thaïlande, Klong Prem. C’est donc un pur film carcéral, tourné avec un acteur anglais, Joe Cole, au sein d’une troupe d’acteurs non professionnels thaïlandais. L’isolement est d’autant plus fort qu’il résulte d’un vrai apprentissage sportif et culturel d’un homme seul contre tous, un acteur perdu au milieu de dizaines de comédiens locaux.

Le cinéaste et scénariste Sauvaire choisit de limiter son adaptation à la période d’incarcération, hormis une première séquence d’introduction assez rapide qui ne révèle pas grand chose sur le passé de Moore mais annonce déjà son caractère violent, nerveux et ses addictions à la drogue. Par cet unique prisme, nous voilà nous aussi totalement paumés dans un monde vénéneux au paradis du Muay-Thai, une forme de boxe “religion” en Thaïlande. Le quotidien – viols, bagarres, deals, etc. – est une invitation au suicide permanente. L’énergie que déploie alors Moore pour s’en sortir permet au cinéaste de filmer la détresse et l’espoir dans un même mouvement. Il signe une ode et un hommage remarquable à la volonté de fer d’un homme (réel) au pied du mur.

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© 2018 Wild Bunch

Si la boxe est au cœur du récit, Une prière avant l’aube est avant tout une expérience sensorielle éprouvante qui sonne comme un uppercut. La mise en scène de Sauvaire siphonne l’énergie de chaque plan pour exalter la rage de Moore que l’on sent prête à exploser à la moindre bousculade. C’est cette hargne qui lui permet de tenir bon, malgré tout, contre tout. Puis vient le temps étrange de l’apaisement, lorsque le boxeur peut enfin renouer avec ce qui le fait avancer dans la vie : ses poings. Le parti pris plastique du film est éblouissant. Sa beauté première vient de sa volonté de capturer les corps entassés, comme si chaque détenu participait d’une immense texture pour ne former qu’un avec sa communauté. Les tatouages, à l’origine d’une séquence foudroyante, s’insèrent logiquement dans cette fresque immense d’un lieu lugubre et pourtant filmé avec la même sensibilité que si l’on filmait un coin d’eden. Elégant jusqu’au bout, Une prière avant l’aube est à la fois un immense film de boxe mais aussi un film de prison claustro à souhait, peint avec une grâce implacable. Autant de contradictions qui conduisent tout droit à bâtir un film dont on ressort exsangue et l’impression d’avoir vu un classique instantané, à la maîtrise formelle assez inouïe.

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