Moi, Tonya

Moi, Tonya
Date de sortie 19 Juillet 2018 (2h 00min)

 

Nationalité américain

 

En 1994, le milieu sportif est bouleversé en apprenant que Nancy Kerrigan, jeune patineuse artistique promise à un brillant avenir, est sauvagement attaquée. Plus choquant encore, la championne Tonya Harding et ses proches sont soupçonnés d’avoir planifié et mis à exécution l’agression…

La célèbre affaire Tonya Harding transposée à l’écran, prétexte idéal pour dépeindre la souffrance et la pression vécues par les athlètes.

Notre avis : Quiconque s’intéresse un peu au sport a forcément déjà entendu parler de Tonya Harding, cette patineuse artistique américaine soupçonnée d’avoir orchestré, avec son entourage, l’agression à coup de barre de fer de sa grande rivale, Nancy Kerrigan. Les faits se sont déroulés en 1994, alors que s’amorçait l’organisation des Jeux Olympiques d’hiver et que les deux patineuses ont laissé leur amitié au vestiaire. Difficile en effet de rester amies quand on sait que l’une d’entre elles seulement aurait son ticket pour les JO à l’issue des championnats nationaux et intégrerait l’équipe nationale américaine. L’agression de Nancy Kerrigan, le 6 janvier 1994, viendra sceller le destin de Tonya Harding, dont le nom sera pour toujours associé à cette affaire.
Loin de ne s’attarder que sur cette agression qui a eu des répercussions internationales en montrant les coulisses des compétitions sportives, le réalisateur australien Craig Gillespie préfère dépeindre la vie de Tonya Harding de ses 4 à 44 ans. Ce n’est pas seulement l’incroyable parcours sportif de la patineuse qui est montré – elle est notamment la première à avoir exécuté à la perfection un triple axel lors des championnats des États-Unis de 1991 – mais son parcours personnel également.

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Et quel parcours complexe ! Abandonnée par son père, maltraitée par sa mère dès son plus jeune âge avant d’épouser un homme violent aux fréquentations plus que douteuses, Tonya Harding s’est forgée un tempérament de guerrière qui explique l’arrogance dont elle faisait preuve lors des compétitions – et qui a fait les choux gras de la presse à scandale, apportant au patinage un côté people qui n’a pas plu du tout au comité olympique, trouvant rapidement bien encombrante cette sportive qui n’entrait pas dans le cadre. C’est l’un des enjeux et des principaux intérêts du film : lever le voile sur tout ce qui entoure la carrière d’un athlète, dont l’entraînement ne se résume pas à miser l’excellence dans son sport mais aussi à en donner l’image la plus positive possible afin de représenter au mieux son pays.
Le film devait donc montrer le grand paradoxe entre les deux championnes : l’une avait une vie personnelle stable et une carrière sans vague ; l’autre au contraire venait d’une famille modeste, avec un membre bien encombrant dans ses valises : sa mère.

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Au cœur d’un film cash, politiquement incorrect et qui a trouvé le parfait équilibre entre humour, émotion et mouvements bruts de caméras pour reproduire au mieux les incroyables figures réalisées par une Tonya Harding qui donnait tout, se trouve la figure de la mère, et pas des moindres ; l’une des pires jamais montrées au cinéma ! Allison Janney prête ses traits à une mère abusive et se montre incroyable en justifiant à elle seule des dialogues incisifs et des situations d’une absurdité et d’une violence inouïes. La mise en scène époustouflante et dopée à la vitamine C s’appuie sur une bande originale qui correspond à l’époque et qui rappelle le meilleur des années 80. Ces tubes indémodables sur lesquels les jeunes d’aujourd’hui dansent encore rappellent que l’affaire Harding reste emblématique dans l’histoire du sport.
La distribution impeccable, Allison Janney en tête, permet au film de tout miser sur l’autodérision. Si Margot Robbie n’a pas peur de ne pas toujours se montrer à son avantage, le reste du casting prend un plaisir évident à interpréter des bras cassés de première catégorie, ce qui permet à ce drame de devenir une comédie drôlissime.

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Signe que le biopic a encore de beaux jours devant lui, Moi, Tonya est un long-métrage qui donne une pêche d’enfer et restera dans les annales du genre comme l’un des meilleurs. Certes, le parti pris est évident et le réalisateur n’a jamais caché qu’il voulait susciter le plus d’empathie possible envers l’héroïne, en la présentant non seulement comme innocente mais également comme une victime des circonstances. Si aujourd’hui tous les protagonistes ont leurs propres versions de l’histoire et l’ont largement partagée, le film écarte volontairement le point de vue de la principale intéressée : Nancy Kerrigan. N’y voyant là aucun mépris, le spectateur ne pourra que comprendre que finalement, ce n’est pas l’agression qui est le principal intérêt de cette approche, mais bien le portrait d’une survivante qui a toujours rendu coup pour coup. Le film qui lui est consacré est une claque ; la boucle est bouclée !

 

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